Entretien de Jean Marc Gravellini sur les enjeux de l’industrialisation sur le continent Africain

Entretien de Jean Marc Gravellini sur les enjeux de l’industrialisation sur le continent Africain

A l’occasion d’un entretien dédié, Jean-Marc Gravellini, senior fellow à la Fondation pour les Études et Recherches sur le Développement International (FERDI), exprime sa vision sur les enjeux de l’industrialisation sur le continent Africain.

1 / Les enjeux de l’industrialisation en Afrique sont considérables

Avant tout du point de vue démographique !

Quand on pense qu’il y aura probablement 2,5 milliards d’Africains en 2050, que la moitié de la population aura moins de 25 ans et que d’ores et déjà 30 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, on ne peut être qu’inquiet face à une industrialisation objectivement en panne ou tout au moins insuffisante pour créer des emplois et générer des revenus.

Si l’Afrique n’engage pas enfin le tournant décisif d’une industrialisation, on ne peut que redouter la généralisation de situations sociales et politiques explosives. Le maintien à un niveau endémique de la misère laissera le champ libre pour tous les extrémismes et tous les sectarismes.

Les freins à cette industrialisation sont en même temps bien présents. Les infrastructures de transport sont presque inexistantes pour permettre la fluidité des biens et des personnes. Le niveau de formation notamment professionnelle ne permet aux investisseurs de compter sur une main-d’œuvre qualifiée pour atteindre les standards de qualité requis. Outre une offre énergétique trop faible (le taux d’électrification du continent dépasse à peine 50%, et reste inférieur à 10 % dans les pays les plus pauvres), son coût est généralement prohibitif et ne permet pas de rentabiliser les investissements industriels. Enfin, le cadre réglementaire n’est pas encore suffisamment incitatif pour booster cette industrialisation.

2/ Comme vous le voyez, les défis sont considérables, mais il faut impérativement les relever ; il en va de la stabilité à terme du continent

Je crois avant tout, qu’au regard du nombre important de chantiers à conduire, il faut sélectionner quelques priorités et donc les quick wins, qui permettront d’engranger rapidement des résultats. 

De ce point de vue, il faudrait résolument que les gouvernements affichent, à travers des stratégies à la fois ambitieuses et rapidement opérationnelles, une vision claire de leur volonté d’encourager cette industrialisation. Cela passe nécessairement par un cadre législatif stable et facilitant l’investissement privé y compris étranger. Cette première action n’est pas insurmontable, elle nécessite une volonté politique et stratégique forte.

Malgré l’abondance de ses ressources et de sa population, il est illusoire aujourd’hui de considérer que l’Afrique pourrait répliquer le modèle chinois et devenir l’atelier du monde du 21ème siècle. En revanche, une carte pourrait être jouée. Elle consisterait à accueillir les industries désireuses de développer à grande échelle une production « low carbon » ! Grâce à son potentiel hydroélectrique aujourd’hui encore largement sous-exploité et aux énormes potentialités des sources d’énergie solaire, une électricité abondante, propre et peu chère permettrait à l’Afrique de se positionner pour accueillir une industrie labellisée peu émissive en CO2. Le continent dispose probablement de ce point de vue d’un avantage comparatif déterminant pour les prochaines décennies.

3/ Dans la nouvelle économie mondiale qui se dessine, l’Afrique aura probablement un avantage à tirer d’un engagement environnemental et social fort

Par exemple, comme mentionné plus haut, la promotion d’une énergie hydroélectrique et solaire à grande échelle, associée à une production d’hydrogène, serait un atout considérable pour les pays africains du point de vue de la lutte contre le changement climatique.

Mais, dans le même temps, une politique RSE ambitieuse ne doit pas devenir une contrainte insurmontable qui bloquerait et retarderait les investissements, quand il s’agit par exemple d’envisager l’aménagement des grands fleuves africains pour produire de l’énergie hydroélectrique ou encore la réalisation de grandes infrastructures de transport.

Pour conclure, je formulerais volontiers 3 recommandations en faveur : i) de politiques publiques industrielles ambitieuses et clairement affichées ; ii) d’une industrie « low carbon » à partir d’une énergie propre, abondante et peu chère ; iii) d’engagements RSE qui devraient être des avantages comparatifs et non des contraintes additionnelles.

Pour en savoir plus sur la FERDI

Françoise Lombard
lombardf@proparco.fr
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