De la coopération agricole au partenariat de capacités, comment Israël et le Rwanda construisent un modèle de coopération fondé sur le savoir

De la coopération agricole au partenariat de capacités, comment Israël et le Rwanda construisent un modèle de coopération fondé sur le savoir

MASHAV – RWANDA
De la coopération agricole au partenariat de capacités, comment Israël et le Rwanda construisent un modèle de coopération fondé sur le savoir
État des lieux des principales initiatives MASHAV–Rwanda et perspectives 2026

Une relation qui change d’échelle
Entre le Rwanda et Israël, la coopération au développement ne se limite plus à des transferts ponctuels de technologies. Depuis plus d’une décennie, MASHAV, l’Agence israélienne de coopération internationale au développement, a progressivement construit un dispositif mêlant formation, démonstration, accompagnement entrepreneurial, agriculture, innovation et renforcement des capacités. Le tournant le plus récent est particulièrement significatif : le 6 juillet 2026, MASHAV et la Rwanda Cooperation Initiative (RCI) ont signé un mémorandum destiné à élargir leur collaboration sur les programmes de développement et le renforcement des capacités. Ce nouvel accord donne une dimension institutionnelle plus large à une coopération jusque-là très visible dans l’agriculture et la formation.

1. L’agriculture : le cœur historique du partenariat
Le projet emblématique reste le Rwanda-Israel Horticulture Center of Excellence de Mulindi. Initié à partir de l’accord conclu en 2014 et développé avec MASHAV et le Rwanda Agriculture and Animal Resources Board (RAB), le centre est devenu une plateforme de démonstration, de formation et d’adaptation des technologies horticoles israéliennes au contexte rwandais. Le centre met notamment l’accent sur les semences, les pépinières, l’irrigation, la production maraîchère, la gestion des sols et de l’eau, ainsi que l’entrepreneuriat agricole.
Lors de son inauguration en 2019, le dispositif a été présenté par les autorités israéliennes comme le plus important projet MASHAV en Afrique. Les données disponibles montrent une logique de diffusion : formation de personnels du RAB, formation d’agents d’extension, visites de producteurs et d’investisseurs, essais variétaux et mise en relation avec des fournisseurs d’intrants et de solutions d’irrigation.
Le partenariat agricole ne s’est pas arrêté à l’horticulture. En 2024, les autorités rwandaises et l’ambassade d’Israël ont encore identifié la modernisation horticole et le développement laitier comme des axes de coopération à renforcer.

2. Former des « agents du changement » : les stages agricoles en Israël
Un autre pilier est constitué par les programmes de formation pratique de jeunes diplômés rwandais en Israël. En novembre 2021, 195 diplômés rwandais ont été envoyés en Israël pour une formation et un stage pratique en agriculture moderne. Les domaines couvraient notamment les serres, l’aquaculture, l’aviculture, l’élevage, la vaccination et la production laitière. Selon les autorités rwandaises citées à l’époque, plus de 1 200 diplômés avaient bénéficié du programme depuis 2012.
Cette approche est caractéristique de MASHAV : plutôt que de se limiter à financer une infrastructure, il s’agit de créer une masse critique de compétences locales capables de reproduire et d’adapter les solutions. Le modèle est donc moins celui d’une aide-projet que celui d’un transfert de capacité.

3. L’entrepreneuriat et l’innovation : passer de la technologie au modèle économique
En 2021, 22 entrepreneurs rwandais issus notamment de l’agritech, de la fintech et de l’edtech ont participé en Israël à une formation de dix jours « Accelerating your Business ». Organisée par MASHAV et l’ambassade d’Israël au Rwanda, elle portait sur l’innovation, la construction de marque, la pensée transformative, la communication et le networking. L’objectif affiché était d’aider les entrepreneurs à faire grandir leurs entreprises et à concevoir des solutions répondant aux besoins de leurs communautés.
Ce volet est stratégique pour le Rwanda, qui cherche à devenir une économie davantage fondée sur le savoir, l’innovation et les services. MASHAV apporte ici non seulement des technologies, mais des méthodes : mentorat, écosystème entrepreneurial, mise en réseau et approche « train the trainers ».

4. Éducation, petite enfance et capital humain : le nouvel élargissement
En juillet 2026, une professionnelle rwandaise a participé au cours international MASHAV « Innovative Approaches to Early Childhood Education and Development », organisé du 5 au 17 juillet à Haïfa avec l’Université de Haïfa. Le programme réunissait 23 professionnels de 19 pays et abordait le développement socio-émotionnel, l’intervention précoce, la résilience, les technologies éducatives et la coordination des services autour de l’enfant.
Cette initiative prend une portée particulière dans le contexte du nouvel accord bilatéral signé le 6 juillet 2026, qui couvre l’éducation de base, les TIC, l’enseignement et la formation techniques et professionnels (TVET), l’enseignement supérieur et la recherche scientifique.

5. Le tournant de juillet 2026 : MASHAV devient un partenaire institutionnel de la coopération rwandaise
Le 6 juillet 2026, lors de la visite du ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe en Israël, deux accords ont été signés. Le premier établit un cadre de coopération entre les deux États dans l’éducation, les TIC, le TVET, l’enseignement supérieur et la recherche. Le second associe directement MASHAV à la Rwanda Cooperation Initiative (RCI) afin de développer les programmes de coopération au développement, l’assistance technique et le renforcement des capacités.
Ce changement est important : la relation ne repose plus uniquement sur des projets sectoriels. Elle ouvre la possibilité d’une coopération structurée autour de priorités nationales rwandaises et d’un portefeuille de projets plus large, avec davantage de partage d’expertise et de solutions locales.

6. Une coopération fondée sur un modèle israélien de « démonstration + formation + réplication »
Le fil rouge des initiatives MASHAV au Rwanda est moins la fourniture d’équipements que la construction d’un écosystème de compétences. Le Centre d’excellence horticole en est l’exemple le plus abouti : infrastructure de démonstration, transfert de savoir-faire, formation des formateurs, adaptation aux conditions locales, accompagnement des producteurs et diffusion vers le secteur privé.
Cette logique explique aussi la complémentarité entre les formations en Israël et les dispositifs implantés au Rwanda. Les premiers forment des professionnels et créent des réseaux d’anciens élèves ; les seconds permettent de transformer ces connaissances en pratiques locales. Le modèle produit ainsi un effet de levier supérieur à une succession de formations isolées.

7. Ce que cette relation dit du positionnement du Rwanda
Le Rwanda apparaît comme un partenaire particulièrement compatible avec la doctrine de coopération de MASHAV : pays de taille relativement réduite, forte capacité institutionnelle, volonté de modernisation rapide, recherche de solutions technologiques applicables et priorité donnée au capital humain. Le gouvernement rwandais cherche parallèlement à transformer le pays en économie à plus forte valeur ajoutée et à renforcer ses compétences dans l’éducation, la technologie, la recherche et l’innovation.
Le partenariat avec Israël s’inscrit donc dans une stratégie rwandaise de diversification des sources de savoir et de développement d’écosystèmes. Pour Israël, le Rwanda constitue en retour un terrain de démonstration particulièrement visible en Afrique et une plateforme de coopération régionale.

8. Une opportunité pour une coopération de « troisième génération »
Le prochain enjeu sera de passer du transfert de savoir-faire à la co-construction. Trois axes paraissent particulièrement prometteurs :
(1) développer des programmes conjoints Rwanda–Israël sur l’eau, l’agriculture intelligente, l’agritech et la résilience climatique ;
(2) créer des dispositifs de financement et d’accélération pour les entrepreneurs issus des programmes MASHAV ;
(3) transformer les alumni en communauté structurée capable de diffuser les compétences dans les entreprises, administrations et territoires.
Le nouvel accord MASHAV–RCI offre précisément une fenêtre pour cette évolution. Si elle est mise en œuvre de façon opérationnelle, la relation pourrait passer d’un modèle de coopération technique à un véritable partenariat d’innovation et de développement, combinant expertise israélienne, capacités institutionnelles rwandaises et solutions conçues localement.

Conclusion – Une « diplomatie du savoir » qui gagne en profondeur
Depuis la création du partenariat horticole jusqu’aux formations entrepreneuriales, aux stages agricoles et aux nouveaux programmes éducatifs, MASHAV et le Rwanda ont construit une coopération fondée sur un principe simple : faire circuler les compétences pour créer des capacités durables. Le nouvel accord signé en juillet 2026 marque une nouvelle étape. Il élargit le champ de la coopération et lui donne un cadre institutionnel susceptible d’accélérer les projets.
Pour le Rwanda, l’enjeu est de convertir l’expertise acquise en emplois, entreprises, productivité et innovation locale. Pour Israël, il est de démontrer la portée de son modèle de développement et de consolider des partenariats africains de long terme. Dans les deux cas, la valeur du partenariat se mesurera moins au nombre de formations organisées qu’à la capacité des bénéficiaires à transformer le savoir reçu en solutions reproductibles.

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