Entretien avec Malek SEMAR à l’occasion du WASS

Entretien avec Malek SEMAR à l’occasion du WASS

Chef d’entreprises accompli, Malek Semar est né en Kabylie, dans un village sans eau et électricité, où la culture de l’effort et du partage sont les valeurs premières. Libre par origine. Après une double formation télécoms et management pour l’ingénierie à Paris, Malek part 3 ans aux Antilles comme CTO dans un institut d’enseignement supérieur ; il partage son temps entre enseignement et navigation. Revenu à Paris, il co-fonde PhoneControl, le premier opérateur cloud pour centres de contacts, et devient rapidement leader en Afrique. Précurseur dans les plateformes Cloud et la voix sur IP, Malek était un acteur majeur dans les télécoms et la relation client en France et en Afrique. Pendant 15 ans il collabore avec la plupart des opérateurs télécoms du continent africain. Avec 20 ans d’expérience dans le digital, comme outil pour impacter positivement le monde réel, Malek apporte son expertise digitale et sa vision entrepreneuriale dans le lancement de de plusieurs startups, systématiquement dans des domaines qui le passionnent (art, sport, bien-être, environnement et technologies sociétales). En parallèle de conférence sur le monde de demain, Malek est également le référent Art et Sport de l’Ordre Africain des Grandes Écoles et Universités. Il interviendra lors du WASS en tant qu’associé de la société France Industries Assainissement. 

Africa Mutandi : Le World Africa Startups Summit (WASS), dans lequel vous intervenez, est l’occasion de vous demander : comment articulez-vous votre vision et vos activités avec la réalisation des Objectifs de Développement Durable en & pour l’Afrique ?

Malek SEMAR : Le WASS est l’opportunité de parler d’un élément vital pour l’humanité, à savoir l’eau.Garantir la disponibilité et la gestion durable de l’eau et de l’assainissement pour tous est d’ailleurs l’ODD N°6. Bien que l’accès à l’eau soit un droit humain, un enfant meurt toutes les 15 secondes de maladies reliées à l’eau, 2,4 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 4,2 milliards sont privés de services d’assainissement… (source ONU). Ces chiffres donnent le tournis. Avec France Industries Assainissement, notre mission est de fournir des solutions adaptées et durables aux métiers de l’eau, notamment dans le cadre de l’ODD 6 en et pour l’Afrique. Depuis une année, nous nous travaillons sur une station de traitement des eaux usées innovante, intégralement contenue dans un container pour être mobile, modulable et connecté : AquaMax HR. Cela permet, à moindre cout, de répondre aux environnements complexes, temporaires et de traiter des zones rurales ou bien décentralisées. Nous avons aujourd’hui 5 distributeurs en Afrique.Notre effort va au-delà de l’aspect commercial et nous menons aussi des actions de sensibilisation à l’importance de cette ressource ; par exemple avec le spectacle « L’EAU MAIS… » que nous produisons dans le cadre de la Saison Africa2020, afin de sensibiliser à l’importance de l’eau via la culture. Une keynote est prévue à ce sujet : rendez-vous du 8 au 10 avril.

Comment la Covid-19 vous a-t-elle obligé à vous renouveler dans la mise en œuvre de votre approche des ODD en Afrique ?

Nous avons toujours eu une approche locale, préférant transmettre le savoir faire et les compétences. La Covid a ralenti les échanges et les activités, mais notre métier étant lié à la salubrité et à la santé publique, nous devons une continuité de service à nos clients, partenaires et aux utilisateurs finaux. Les études montrent que l’Afrique devrait, d’ici 2030, compter plus de la moitié des personnes souffrant de la faim dans le monde, alors qu’elle accueille moins d’un cinquième de la population mondiale. La pandémie accélère cette tendance et cela risque d’arriver plus vite que prévu. La Covid-19 a ajouté aux difficultés existantes, notamment par l’utilisation de plus d’eau à des fins d’hygiène : l’OMS estime qu’à l’échelle mondiale, le lavage des mains à lui seul crée des besoins supplémentaires en eau très importants. Les besoins en traitement de l’eau augmentent, car ils sont proportionnels à la démographie. La pandémie nous oblige également à accélérer dans le traitement de l’eau, car cela permet d’augmenter la quantité d’eau disponible pour arroser, se laver (etc…), mais aussi traquer et quantifier les foyers du virus. Cela confirme que les ODD doivent coûte que coûte se réaliser. Avant la pandémie, nous avions une approche traditionnelle des stations, avec beaucoup de génie civil, des délais longs et des couts importants dus au dimensionnement de la station à sa capacité maximum dès le départ. L’AquaMax est notre adaptation pour répondre rapidement aux besoins de traitement en eau ; sa modularité permet de monter progressivement en puissance, sans toucher l’existant, et ainsi diminuer les couts.

Quelle valeur a l’ODD17 dans votre approche business en Afrique ?

Un proverbe africain dit : Seul on va plus vite, Ensemble on va plus loin. Il s’agit d’aller plus loin et de manière durable. Si les acteurs travaillent chacun de leur côté, les ODD resteront une utopie. L’eau est à la source de nos identités individuelles, collectives et les grandes civilisations se sont toutes constituées autour d’une source d’eau. Source de vie, l’eau régit le monde du vivant, les activités humaines qui en dépendent et elle est intimement liée aux autres ODD (vie terrestre et aquatique, inégalités etc…). La diversité de sa répartition constitue aubaines et menaces, source de conflits ou puissant facteur de solidarité… à nous de voir. Si l’eau est vitale pour l’humanité, j’aimerai faire un aparté sur le digital qui pourrait servir de support pour l’ODD 17. Il ne faut pas oublier que la technologie est un simple outil entre nos mains et que le résultat dépendra de son utilisation par l’Homme : le digital permet de réunir, collaborer et d’accélérer les tendances. Une base de données commune à tous les ODD permettrait d’assurer un suivi, et surtout de corriger en cours de route. C’est à mon sens l’outil idéal pour s’assurer que chaque acteur tienne son engagement et mesure son impact sur son ODD, mais aussi sur les autres ODD, d’où l’importance de la data.Pour finir, sans eau il n’y aura pas d’ODD et plus simplement plus d’humanité. #NoWaterNoUs

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Marie Quieffin
lweisgerber@afd.fr
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