Tshisekedi en Israël : une nouvelle séquence de coopération économique

Tshisekedi en Israël : une nouvelle séquence de coopération économique

Tshisekedi en Israël : une nouvelle séquence de coopération économique
(Compte rendu de la visite de travail du président Félix Tshisekedi à Jérusalem — 31 août–2 septembre 2026)

La visite de travail de trois jours du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, en Israël a ouvert une nouvelle séquence dans les relations économiques entre Kinshasa et Jérusalem. Les échanges mettent surtout en évidence une volonté de passer d’une coopération ponctuelle à un partenariat davantage orienté vers l’investissement, les technologies et la transformation productive.

Une coopération économique recentrée sur des secteurs à fort potentiel
La Présidence de la RDC avait annoncé, avant l’arrivée du chef de l’État, que les discussions porteraient notamment sur l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les hautes technologies. À l’issue des entretiens, Félix Tshisekedi a également cité l’agriculture et la sécurité alimentaire, l’eau, la santé, les technologies et l’innovation, la formation ainsi que l’investissement comme domaines appelés à structurer cette nouvelle phase de coopération.

Agriculture et sécurité alimentaire : le terrain le plus immédiatement opérationnel
L’agriculture apparaît comme l’un des axes les plus concrets. Pour la RDC, l’enjeu est moins l’importation de solutions isolées que l’accès à des technologies susceptibles d’augmenter les rendements, de mieux gérer l’eau, de réduire les pertes et de renforcer les chaînes de valeur agricoles. La coopération avec Israël peut notamment ouvrir des perspectives autour de l’irrigation, de l’agriculture de précision, des serres, de la gestion des sols, de la chaîne du froid et de la valorisation agro-industrielle.
Cette orientation est cohérente avec la volonté congolaise de faire de l’agriculture un moteur de diversification économique et de sécurité alimentaire. Elle offre aussi aux entreprises israéliennes un marché de solutions et de partenariats dans lequel les besoins congolais sont particulièrement importants.

Eau et infrastructures : des technologies au service de la transformation
L’eau constitue un autre domaine à fort potentiel économique. Les échanges ont identifié l’eau parmi les secteurs susceptibles de renforcer la coopération bilatérale. Pour la RDC, cela peut concerner la production et la distribution d’eau, le traitement, la réutilisation, la réduction des pertes dans les réseaux et les technologies de pilotage.

Les infrastructures constituent plus largement un point de convergence : infrastructures agricoles, hydrauliques, énergétiques et numériques. L’enjeu sera désormais de transformer l’intérêt politique affiché en projets bancables, assortis de modèles économiques, de partenaires locaux et de mécanismes de financement.

Énergie : un levier transversal
L’énergie figurait explicitement parmi les secteurs annoncés par la Présidence congolaise avant la visite. Dans une économie confrontée à un déficit important d’accès à l’électricité, les coopérations technologiques peuvent concerner aussi bien les infrastructures que l’efficacité énergétique, les solutions décentralisées et le stockage.

L’intérêt économique de cet axe tient à son caractère transversal : sans énergie fiable, ni l’agro-industrie, ni l’industrie, ni les services numériques ne peuvent changer d’échelle.

Technologies, innovation et santé : élargir le partenariat au-delà des matières premières
La coopération envisagée porte également sur les technologies, l’innovation, la santé et la formation. Cette orientation est stratégique pour la RDC : elle permettrait de rechercher une relation économique davantage fondée sur le transfert de compétences, la formation et la technologie que sur la seule fourniture d’équipements.
Pour les entreprises israéliennes, la RDC représente un marché potentiel important dans la health-tech, la digitalisation des services, les technologies de l’eau, l’agritech, les solutions énergétiques et la formation professionnelle. Pour les acteurs congolais, l’enjeu sera de capter une partie de la valeur par les partenariats, la localisation et le développement de compétences.

Investissement : passer du dialogue politique aux projets
Le point le plus significatif de la visite réside dans la volonté affichée de renforcer les liens économiques et d’accroître l’investissement. À Jérusalem, Benjamin Netanyahu et Félix Tshisekedi ont convenu de renforcer les relations économiques et sécuritaires entre les deux pays.

La prochaine étape sera donc celle de la structuration : identification de projets prioritaires, mise en relation d’entreprises, ingénierie financière, garanties, partenariats public-privé et cadres de coopération permettant de réduire le risque d’investissement. Le potentiel ne se mesurera pas au nombre de déclarations communes, mais au nombre de projets effectivement financés et exécutés.
Un potentiel particulier autour des infrastructures régionales et du corridor de Lobito
Certaines analyses publiées à l’occasion de la visite ont également relevé les perspectives d’investissement liées au corridor de Lobito et, plus largement, à la connexion de la RDC aux marchés régionaux. Le sujet est particulièrement important pour un pays dont la transformation économique dépend de sa capacité à réduire les coûts logistiques et à mieux valoriser ses ressources.

Il convient toutefois de distinguer ce qui relève des perspectives d’investissement identifiées par des observateurs de ce qui a fait l’objet d’engagements contractuels lors de la visite : les sources publiques consultées font état d’une volonté de renforcer les relations économiques, mais ne permettent pas d’identifier, à ce stade, une liste exhaustive de contrats commerciaux signés.

Une relation économique qui cherche à changer d’échelle
La visite de Félix Tshisekedi en Israël doit ainsi être lue comme une tentative de rééquilibrage du contenu de la relation bilatérale. L’ambition affichée est de construire un partenariat « moderne, pragmatique et mutuellement bénéfique », mesuré par ses résultats concrets, selon les propos rapportés du président congolais.
Pour la RDC, l’intérêt est double : accéder à des technologies et à des expertises susceptibles d’accélérer la transformation de secteurs prioritaires, tout en attirant davantage de capitaux et de compétences. Pour Israël, l’intérêt est celui d’un marché vaste, riche en ressources et porteur de besoins considérables en matière d’agriculture, d’eau, d’énergie, de santé et de technologies.

Les conditions de réussite
* Transformer les déclarations politiques en portefeuille de projets clairement identifiés et chiffrés.
* Associer entreprises israéliennes, opérateurs congolais, investisseurs et institutions financières.
* Privilégier les modèles de partenariat et de transfert de compétences plutôt que la simple vente de solutions.
* Créer des mécanismes de financement et de garantie adaptés au risque pays et au risque projet.
* Développer des dispositifs de formation et de localisation afin que la valeur créée reste davantage en RDC.
* Intégrer dès l’amont les enjeux ESG, sociaux, environnementaux et d’acceptabilité des grands projets.

Conclusion — de la diplomatie économique à l’exécution
La visite de septembre 2026 marque une volonté claire de donner une nouvelle dimension économique aux relations RDC–Israël. Les secteurs identifiés — agriculture, sécurité alimentaire, eau, énergie, infrastructures, santé, technologies, innovation, formation et investissement — correspondent à plusieurs des besoins structurels de l’économie congolaise.

Le véritable test commencera toutefois après la visite : capacité à faire émerger des projets bancables, à mobiliser des investisseurs, à sécuriser les partenariats et à organiser le transfert de technologie et de compétences. Si cette phase d’exécution est réussie, la relation RDC–Israël pourrait progressivement évoluer d’une coopération bilatérale classique vers un partenariat économique fondé sur la technologie, l’investissement et la transformation productive.

Photo de décembre 2025
Lire l’article original

CATEGORIES
Partager