Entretien avec Mohamadou Diallo à l’occasion du WASS

Entretien avec Mohamadou Diallo à l’occasion du WASS

Mohamadou Diallo est le fondateur et Directeur général de Cio Mag, un magazine panafricain consacré au secteur des technologies de l’information. Lancé en 2006 à Marrakech, Cio Mag est diffusé dans vingt pays d’Afrique. Auparavant, il a été rédacteur en chef du magazine mensuel Réseau Telecom Network de 2007 à 2015 et a collaboré avec plusieurs organes de presse comme Jeune Afrique, Les Echos, l’Observateur etc…Parallèlement, il organise le Digital African Tour chaque année depuis une décennie : une tournée de plusieurs capitales africaines, pour promouvoir et diffuser l’usage du numérique comme outils d’inclusion social et économique. Mohamadou Diallo a également contribué à la création d’une dizaine de Clubs de Directeurs de systèmes en Afrique et a participé à la création de Cio African Network, un réseau panafricain des DSI pour promouvoir les échanges sur les bonnes pratiques entre professionnels de 15 pays d’Afrique.

Africa Mutandi : Le World Africa Startups Summit (WASS), dans lequel vous intervenez, est l’occasion de vous demander : comment articulez-vous votre vision et vos activités avec la réalisation des Objectifs de Développement Durable en & pour l’Afrique ?

Mohamadou Diallo : Je pense que le WASS est une occasion d’évoquer l’impact du numérique dans le développement durable. S’il est utilisé à bon escient, il pourrait être un formidable accélérateur dans l’atteinte des ODD. Durant cette crise de la pandémie que le monde traverse depuis un an maintenant, nous devons comprendre qu’en dépit de l’évolution des sciences humaines et sociales, la propagation d’un simple virus peut déconstruire un lot important de certitudes, et remettre en question l’être et son existence. Cette triste réalité, générée par la pandémie, devrait nous amener à nous poser une série de questions existentielles.

Comment le Covid-19 vous a-t-il obligé à vous renouveler dans la mise en œuvre de votre approche des ODD en Afrique ?

A l’image de la médecine, qui a permis de sauver des vies humaines, le numérique a sans conteste contribué au sauvetage des économies et au maintien des liens sociaux. Certes, cette bascule forcée vers le télétravail s’est déroulée dans l’urgence et dans l’impréparation la plus totale. Mais elle a permis d’accélérer le processus de transformation digitale de centaines de millions d’entreprises et d’administrations dans le monde, et de façon inéluctable. Le digital a su s’imposer pour prendre la place qui lui revient, en très peu de temps. Cette capacité de résilience, rendue possible grâce au numérique, ne devrait justement pas occulter la responsabilité de l’humain sur la préservation de l’environnement. Et plus spécifiquement de son empreinte écologique. Il en est pourtant qui considèrent comme un luxe le fait de penser à l’empreinte écologique de l’Afrique, compte tenu de sa faible contribution à l’économie numérique, à l’échelle mondiale.

Quelle valeur a l’ODD17 dans votre approche business en Afrique ?

L’ODD17 couvre de façon inclusive tous les domaines de la vie économique et sociale. Du fait de son caractère transversal, le digital est incontestablement un formidable accélérateur. C’est précisément maintenant que le continent devrait penser à son avenir, en raison de son faible héritage numérique et, de façon naturelle, il devrait s’engager en faveur de la sobriété numérique. Pour l’heure, il s’agit de réfléchir, de façon à réduire, voire à optimiser, notre usage des technologies du numérique. Cet usage, cumulé avec la production des équipements télécoms (terminaux, câbles, Datacenter, etc.) représente, à l’heure actuelle, près de 4% des émissions des gaz à effet de serre, soit la moitié de la pollution de l’aviation civile. En un an, le recul des activités aéronautiques – du fait de la restriction des déplacements – et la montée en puissance des activités numériques ont contribué à l’accroissement de la part du digital. Et il va encore continuer à croitre. C’est maintenant précisément que nous devons penser, agir et actionner tous les leviers concourant à la sobriété numérique avant tout usage.

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Marie Quieffin
lweisgerber@afd.fr
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