
La santé oculaire : un levier de développement pour l’Afrique – entretien avec Benjamin des Gachons, Directeur exécutif de l’Organisation pour la Prévention de la Cécité
La santé oculaire : un levier de développement pour l’Afrique – entretien avec Benjamin des Gachons, Directeur exécutif de l’Organisation pour la Prévention de la Cécité
« Il y a six mois, je rejoignais l’Organisation pour la Prévention de la Cécité (OPC) comme directeur exécutif. Fort de mon parcours dans de grandes ONG et fondations du secteur de la santé mondiale, j’associais les grands défis sanitaires de l’Afrique au paludisme, au VIH ou à la santé maternelle. Je connaissais beaucoup moins les enjeux de la santé oculaire. J’y ai découvert ce qu’on appelle la « cécité évitable » : en investissant dans des solutions efficaces et peu coûteuses, on pourrait prévenir ou guérir 90 % des déficiences visuelles, notamment en Afrique qui compte 70 % de personnes aveugles ou malvoyantes de plus que dans le reste du monde.
La santé oculaire est bien plus qu’un sujet médical. C’est un enjeu de développement. Préserver ou restaurer la vision d’une personne, c’est souvent lui permettre de poursuivre sa scolarité, de retrouver un emploi, de gagner en autonomie ou de sortir de la pauvreté. C’est pourquoi les traitements médicamenteux contre des maladies comme le trachome ou l’onchocercose, la chirurgie de la cataracte ou encore la correction des troubles de la vision (par les lunettes) comptent parmi les interventions de santé les plus efficaces et les plus rentables.
Association reconnue d’utilité publique créée en 1978, l’OPC appuie les ministères de la Santé d’une quinzaine de pays d’Afrique francophone dans la mise en œuvre de leurs stratégies nationales de lutte contre la cécité. En 2025, 6,6 millions de personnes ont bénéficié des actions menées par l’OPC et ses partenaires en Afrique. Campagnes de traitement contre les maladies tropicales négligées au Congo, en République centrafricaine et au Tchad ; formation de futurs chirurgiens de la cataracte au Mali ; renforcement de l’accès aux soins oculaires dans l’est du Tchad : autant d’exemples qui montrent qu’il est possible de transformer durablement la vie de millions de personnes lorsque les autorités sanitaires, les professionnels de santé, les ONG et les partenaires financiers agissent ensemble.
Pourtant, la santé oculaire reste encore largement sous les radars. Elle demeure insuffisamment financée et rarement considérée comme une priorité de développement. L’année 2026 peut marquer un tournant. Le 2 novembre prochain se tiendra le tout premier Sommet mondial sur la santé oculaire, à l’invitation du gouvernement d’Antigua-et-Barbuda et de l’Agence Internationale pour la Prévention de la Cécité (IAPB), en partenariat avec l’Organisation Mondiale de la Santé. Ce rendez-vous est une occasion unique de placer la santé visuelle au cœur des politiques publiques et d’encourager un engagement accru des États, des fondations mais aussi des entreprises.
Face à l’effondrement de l’aide publique au développement, les entreprises présentes en Afrique ont un rôle essentiel à jouer. En s’engageant aux côtés des États, des fondations et des ONG, elles peuvent contribuer à renforcer la santé visuelle de leurs collaborateurs, de leurs clients et des communautés au sein desquelles elles opèrent. Agir contre la cécité évitable, c’est choisir l’un des meilleurs investissements dans le capital humain, la productivité et le développement économique du continent. »
Notes de bas de pages :
* 1 dollar investi dans la santé oculaire, c’est 28 dollars de retour sur investissement pour la société d’après l’IAPB dans son rapport The value of Vision, présenté à l’Assemblée Générale de l’ONU en 2025.
* Rapport d’activité 2025 : https://opc.ong/wp-content/uploads/2026/06/Essentiel-2025.pdf
* Site du sommet : https://globalsummitforeyehealth.org/



