Journées Économiques et Consulaires Africaines (JECA) de l’Institut Africa – Notes d’intervention sur le thème du secteur minier responsable

Journées Économiques et Consulaires Africaines (JECA) de l’Institut Africa – Notes d’intervention sur le thème du secteur minier responsable

Journées Économiques et Consulaires Africaines (JECA) du 26 juin 2026 organisées au Palais du Luxembourg par l’Institut Africa – Notes d’intervention de Pierre-Samuel Guedj, Durabilité, Investissements & Impact, fondateur d’Affectio Mutandi & d’Africa Mutandi

Thème d’intervention : Promotion d’un secteur minier responsable générateur d’emplois décents et de valeur ajoutée locale sur le continent africain

Mesdames et Messieurs,

L’Afrique détient une part considérable des ressources minérales stratégiques de la planète. Cobalt, cuivre, manganèse, lithium, bauxite, terres rares, platine ou encore graphite : les minerais africains sont au cœur de la transition énergétique, de la révolution numérique et des nouvelles chaînes de valeur industrielles mondiales.

Pourtant, un paradoxe demeure. Vous le connaissez bien. Alors même que le continent fournit une part essentielle des matières premières nécessaires au développement mondial, la création de valeur locale, l’industrialisation et l’emploi qualifié restent souvent en deçà du potentiel réel du secteur.

Rappelons au préalable que la chose n’est pas aisée…
La mine créé peu d’emplois locaux qualifiés, du fait notamment de sa mécanisation… Elle ne trouve pas toujours de réponses locales à ses besoins de collaborateurs qualifiés ou encore de fournisseurs locaux… alors que les attentes des populations locales pour donner du travail à leurs enfants est très élevée !!! C’est un enjeu majeur. Certains n’hésitent pas à faire venir du personnel « contraint » pour pallier ces manques ou s’affranchir de leurs obligations…
Et lorsqu’elle a terminé son exploitation, elle part et laisse sur le carreau employés et fournisseurs locaux…
La question n’est donc plus seulement d’extraire davantage. Elle est de savoir comment transformer la richesse minérale en développement durable, en emplois décents et en prospérité partagée.

Le premier enjeu est celui de la responsabilité.

Le secteur minier africain évolue dans un contexte international marqué par la montée en puissance des critères ESG, des exigences de devoir de vigilance et des attentes croissantes des investisseurs, des consommateurs et des populations locales.

La mine du XXIe siècle ne peut plus être pensée uniquement comme un site d’extraction. Elle doit être envisagée comme un écosystème territorial de développement et de préservation.

Cela implique une gestion rigoureuse des impacts environnementaux, une préservation des ressources en eau, une réduction des émissions de gaz à effet de serre, une réhabilitation des sites et une protection effective de la biodiversité.

Cela implique également une gouvernance transparente, la lutte contre la corruption, la traçabilité des chaînes d’approvisionnement et un dialogue permanent avec les communautés concernées.

Enfin, cela suppose le respect des droits humains et sociaux : santé et sécurité des travailleurs, égalité des chances, inclusion des femmes, protection des populations vulnérables et respect du droit du travail.

La meilleure initiative aujourd’hui est la démarche de la norme IRMA (Initiative for Responsible Mining Assurance). Démarche volontaire, c’est un cadre exigeant sur l’ensemble des enjeux ESG du secteur minier, certifiant a posteriori (donc après les audits et contrôles pertinents). Et, particularité dans sa gouvernance, elle associe des ONGs exigeantes, comme Human Right Watch.
Rien d’étonnant que des groupes responsables comme ERAMET aient fait le choix de cette démarche de responsabilité. Cela est bien documenté et accessible en ligne. C’est un gage de sérieux dans la démarche, une illustration de l’excellence sociétale française. J’intervenais il y 2 jours sur ce sujet précisément, les notes de mon intervention sont en ligne sur mon média Africa Mutandi. Cela a également été l’objet d’une tribune publiée à l’occasion du Sommet Africa Forward.

Mais la responsabilité n’est pas seulement une contrainte. Elle constitue un levier de compétitivité.

Les entreprises qui intègrent les meilleures pratiques de durabilité bénéficient aujourd’hui d’un meilleur accès au financement, d’une meilleure acceptabilité sociale et d’une plus grande résilience économique.

Le deuxième enjeu est celui de l’emploi décent.

Le secteur minier est fortement capitalistique avec un impact réduit sur l’emploi. Pourtant, son impact sur l’emploi peut être considérable lorsqu’il est pensé dans une logique de chaîne de valeur.

Chaque emploi direct dans une mine peut générer plusieurs emplois indirects dans les services, la logistique, la maintenance, la restauration, le transport, la sécurité, les infrastructures ou encore les activités numériques.

L’enjeu est donc notamment de renforcer le contenu local.

Former les compétences africaines doit devenir une priorité stratégique. Cela implique des partenariats renforcés entre entreprises minières, universités, centres de formation technique et autorités publiques.

Le développement de compétences dans les domaines de la géologie, de l’ingénierie, de la maintenance industrielle, du numérique, de la gestion environnementale et de l’intelligence artificielle représente une opportunité majeure pour la jeunesse africaine.

L’emploi décent signifie également des conditions de travail sûres, une rémunération équitable, des perspectives d’évolution professionnelle et un dialogue social constructif.

Dans un continent où plus de dix millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, la capacité du secteur minier à devenir un moteur d’employabilité constitue un enjeu économique mais également social et politique.
Au-delà du contenu local, les acteurs miniers doivent aussi s’engager dans une recherche d’impacts positifs additionnels, intentionnels et mesurables tels que le recommandent la Banque Mondiale et les acteurs de la finance à impacts.
En effet, au-delà des impacts intrinsèques à l’activité, les fameuses contributions socio-économiques des acteurs privés, et de la bonne gestion des enjeux ESG (c’est à dire le fait de corriger les impacts négatifs des activités économiques), les groupes développent maintenant des stratégies d’impacts dans le cadre de leur RSE. Le principe : identifier un enjeu sur leur territoire sur lequel ils peuvent développer un levier d’engagement citoyen. Et l’emploi pour les populations est l’un des sujets majeurs pour le continent. 600 millions d’emplois doivent être créés d’içi 2050.
Alors ils décident de développer et soutenir des chaînes de valeurs distinctes de leurs activités, au titre de leur RSE, de leur mécénat et de leur philanthropie. Je pense à Total et son programme de soutien à l’entrepreneuriat, Orange et ses Digitals Center, Endeavour et Eramet (avec son programme Beyond) sur la création d’entreprises et d’emplois directs.

Le troisième enjeu est celui de la création de valeur ajoutée locale.

Pendant des décennies, le modèle dominant a reposé sur l’exportation de matières premières peu transformées.

Aujourd’hui, cette logique atteint ses limites.

Les pays africains cherchent désormais à capter une part plus importante de la valeur créée tout au long de la chaîne de production.

Cela passe par le développement d’activités de transformation locale, de raffinage, de métallurgie, de fabrication de composants et, lorsque cela est possible, d’intégration dans les chaînes industrielles régionales et mondiales.

L’ambition n’est plus seulement d’exporter des minerais. Elle est d’exporter davantage de produits transformés, de technologies et de savoir-faire.

Cette dynamique est déjà perceptible dans plusieurs pays africains qui encouragent l’industrialisation minière à travers des politiques de contenu local, des zones économiques spécialisées et des investissements dans les infrastructures énergétiques et logistiques.
Et plus largement, comme un réel levier de développement national. C’est ainsi le cas du projet Simandou 2040, qui prévoit l’exploitation du gisement de fer le plus important d’Afrique, mais a également été conçu comme la locomotive de l’industrialisation de la Guinée, autour notamment du corridor ferroviaire destiné à acheminer le minerai extrait. Ce ne sont pas moins de 122 programmes stratégiques qui ont été élaborés autour de ce projet extractif, avec des milliards d’investissements. Vous pouvez retrouver mon analyse sur le sujet dans le magazine économique panafricain Afrimag auquel je collabore régulièrement.

La Zone de libre-échange continentale africaine offre également à cet égard une opportunité historique.

Elle peut permettre l’émergence de chaînes de valeur industrielles régionales intégrées capables de renforcer la compétitivité du continent et de réduire sa dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs. Elle peut d’ailleurs permettre une montée en puissance des industries africaines qui, sans attendre de pouvoir répondre au cadre normatif très contraignant du marché européen, permettra d’approvisionner les Afriques de produits Made in Africa.

Le quatrième enjeu est celui de l’innovation.

La digitalisation transforme profondément l’industrie minière mondiale.

L’intelligence artificielle, les drones, l’Internet des objets, la maintenance prédictive, la cartographie avancée ou encore l’analyse des données permettent aujourd’hui d’améliorer la productivité, la sécurité et la performance environnementale. Une nouvelle fois, le Groupe Eramet se distingue sur le sujet.

L’Afrique dispose d’un potentiel considérable pour s’approprier ces innovations.

Le développement de partenariats entre groupes miniers, start-up technologiques, centres de recherche et écosystèmes d’innovation peut contribuer à accélérer la modernisation du secteur tout en créant de nouveaux emplois qualifiés. Vous retrouverez plusieurs contributions de ma part sur le sujet notamment dans Afrimag. Nous évoquerons d’ailleurs ces enjeux les 7 et 8 juillet prochains lors du MOTA, le Sommet des Mines Africaines qui se déroule à Paris.
Notons sur le sujet de nombreux partenariats avec des solutions israéliennes à impact qui apportent une expertise spécifique, articulant lowtech et hightech particulièrement pertinentes vu nature commune des territoires (accès à l’eau, énergies renouvelables, agritech, etc).

Le cinquième enjeu est celui du partenariat.

Aucun acteur ne pourra réussir seul.

Les États doivent fournir un cadre réglementaire stable, transparent et attractif.

Les entreprises doivent investir dans le long terme et intégrer pleinement les principes du développement durable.

Les institutions financières doivent soutenir les projets responsables.

Les organisations internationales, la société civile et les communautés locales doivent être associées à la gouvernance des projets.

C’est cette approche partenariale qui permettra de bâtir une véritable licence sociale d’exploitation et d’assurer la pérennité des investissements.

Mesdames et Messieurs,

L’avenir du secteur minier africain ne se résume pas à une question de ressources naturelles.

Il s’agit avant tout d’un projet de développement. D’une opportunité stratégique pour en faire un levier de développement social et humain.

Un secteur minier responsable peut devenir un puissant moteur d’industrialisation, de création d’emplois décents, de montée en compétences des populations et de transformation économique.

Il peut contribuer à faire émerger une croissance plus inclusive, plus durable et plus souveraine.

Le défi est immense, mais l’opportunité l’est tout autant.

Faire de la richesse du sous-sol un levier de prospérité pour les territoires et les populations : telle est sans doute l’une des grandes ambitions économiques du continent africain pour les décennies à venir.
Il doit cependant faire le choix de partenaires qui placent l’excellence sociétale au coeur de leurs projets, jusque dans les enjeux de souveraineté.

Je vous remercie.

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